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Interview de The Elektrocution au JDM Festival

Eiffelnews : Pouvez vous nous dresser un rapide historique du groupe ?

Maxime : On existe depuis 2000 où on a fait une première démo, puis sont venus un premier six-titres en 2003, un premier album en 2005, et pas mal de concerts. On a toujours voulu jouer énormément, et en ce moment on prépare un nouvel album. On chante en anglais. On est un groupe de rock assez énergique, on aime bien les refrains qui restent en tête, donc notre but dans la vie c’est d’écrire la chanson avec le refrain parfait !

Eiffelnews : Question assez classique : quelles sont vos influences principales ?

David : Il n’y a pas réellement d’influences précises. On écoute tous pas mal de choses différentes, mais on arrive toujours plus ou moins à se retrouver sur la façon d’interpréter notre musique. On aime bien le faire d’une façon assez énergique, ça on ne peut pas le nier. Après, nos influences, c’est vraiment hyper varié, ça va du punk à la pop ultra mielleuse en passant par le death métal… Disons qu’on n’a pas réellement de ligne directrice, mais on essaye de ne pas trop s’éparpiller non plus. Notre but c’est vraiment de créer la chanson qui nous plaît et après on l’interprète à notre sauce avec l’énergie qui nous appartient. Il n’y a pas réellement de groupe sur lequel on tripe tous et dont on suit les traces précisément.

Maxime : Le bon exemple, c’est dans le camion : on arrive jamais à mettre un cd plus de 3 chansons, y a toujours quelqu’un qui gueule ! On a vraiment presque aucun groupe en commun et on ne se rejoint que sur nos chansons. Sinon, je suis super prétentieux, un peu à la Oasis ! (rires)

Eiffelnews : Vous venez donc de Rouen et semblez assez impliqué dans cette scène, où vous avez exercé longtemps en indé. Est-ce que vous pouvez dire quelques mots sur la vie musicale locale ?

Maxime : A Rouen il y a pas mal de groupes dans tous les styles, mais peu de lieux pour jouer. Il y avait pas mal de cafés-concerts qui aujourd’hui ferment. Ca devient un peu difficile. Là, une politique culturelle essaye de ramener un peu la musique sur le premier plan. Une SMAC (scène de musique actuelle) se construit, on attend de voir un peu ce qui va se passer. Mais du coup, notre but, et celui de pas mal de groupes de Rouen, c’est d’aller voir un peu ce qui se passe ailleurs. Chez nous malheureusement on est près de Paris et donc tu peux vite te retrouver à te faire étouffer.

David : C’est une scène qui a un lourd passé alternatif, parce qu’il y a eu beaucoup de bons groupes qui ont émergé. Mais il est vrai que tu ne peux vraiment pas te développer à Rouen, dans le sens où il y a une mentalité qui est quand même très froide. C’est un public qui hyper dur et c’est un peu ça qui te fait les semelles.

Maxime : Avoir un public assez dur, ça te fait le cul comme on peut dire vulgairement ! Après tu vas à Paris ou à Bordeaux, où les mecs te regardent un peu comment t’es habillé sans trop réagir, tu t’en branles un peu du coup ! Ca ne te fait ni chaud ni froid, parce que tu as été à bonne école. Sinon, les autres veulent que je parle du Kalif. C’est une structure qui se bouge carrément. C’est là où tous les groupes répètent à Rouen, et c’est ce qu’on a tous en commun. C’est là qu’on peut se rencontrer à défaut d’avoir pour l’instant un endroit où jouer. Et heureusement qu’il y a ce lieu de vie musicale, parce que sinon je ne sais pas ce que serait en effet la scène rouennaise. Les groupes sont réputés pour se détester les uns les autres, se regarder de haut, et heureusement qu’il y a ce lieu là pour se rencontrer.

Yves : Si vous voulez voir un peu le pannel des groupes rouennais, vous allez sur le site du Kalif . Et passez y voir ‘les lundis du Kalif’ ça fera plaisir à Stéphane !

Eiffelnews : A l’écoute de votre premier album, Open heart surgery, beaucoup de qualificatifs viennent à l’esprit, rock garage, hard, rock crade, punk…

Antoine : Cool !

Eiffelnews : Oui cool aussi ! (rires) Il semble difficile de vous classer. Comment est ce que vous vous situez en fait ? Comment définiriez vous votre musique ?

David : En fait on en a un peu marre de toutes les étiquettes punk, rock crado, etc… J’avoue qu’on commence à développer un certain complexe vis-à-vis de ça, parce qu’on a pas l’impression d’être comme ça. C’est vrai que quand on a enregistré l’album on était à bloc sous pression, on arrêtait pas de tourner, et on s’est dit qu’on allait en mettre un grand coup à tout le monde. Pour le coup après, en réécoutant l’album, on s’est dit qu’on avait peut être mis un trop grand coup, peut être un petit peu trop bourrin. C’est vrai qu’on aurait pu peut être un petit peu plus travailler les harmonies, les choses comme ça, mais c’était ce qu’il fallait faire à l’époque et on l’a fait. Maintenant on essaye de se poser un peu plus, on a peu moins les dents et on y va un peu moins fort.

Maxime : On va se concentrer un peu sur les préliminaires au lieu d’y aller directement ! On va y aller doucement et romantiquement et ça passera mieux…

David : Disons que l’étiquette punk, on n’a jamais trop aimé. On ne se revendique pas tellement de cette vague là. Même garage on n’y est pas forcément attaché non plus. On a du mal à trouver vraiment le tiroir dans lequel on se sentira le plus à l’aise.

Antoine : Le but de ce groupe c’est d’avoir de la personnalité plutôt que de correspondre à un schéma type, dans lequel tu sais que tu ne sortiras jamais de ton public. Ne pas être l’équivalent français d’Hellacopters, des trucs ou des machins... Ca, surtout pas, plutôt mourir !

Maxime : Les étiquettes c’est important pour les gens qui t’écoutent, nous on s’en fout un peu. Mais c’est vrai qu’il y a des gens qui écoutent du garage, du métal, ou du punk, qui se retrouvent un peu dans notre musique. Et il n’y a que ça qui est important au final. On peut voir un gars avec une perle en bois dans le bouc et un t-shirt Machine Head qui vient nous voir à la fin du concert et nous dit qu’il a adoré, ou un vieux avec un t-shirt Deep Purple qui arrive et qui dit que ça l’a fait pensé aux années 70. Chacun y retrouve un peu sa sauce !

David : D’ailleurs, tout à l’heure on parlait de nos influences, s’il y a peut être un truc sur lequel on se retrouve, c’est plus ou moins une certaine façon de jouer, un certain son, et il est vrai que c’est toujours plus ou moins situé dans la même période, c'est-à-dire fin des années 60 et les années 70. C’est vrai que l’on a un certain penchant pour une interprétation, un son qui appartient vraiment à cette période.

Antoine : Aucun groupe de l’époque ne nous fascine en particulier, c’est vraiment plus une façon de jouer, qu’un culte lié à une formation.

David : Depuis deux ou trois ans maintenant, on parle d’un renouveau de la scène rock. On a pas franchement l’impression d’y appartenir, même si on ne crache pas dessus parce ce que ça peut nous apporter tout un tas de plans intéressants. Ca nous permet de jouer le plus possible. On n’a vraiment pas l’impression d’appartenir à tout cet espèce de truc surlooké et surfait, un peu à la mode.

Eiffelnews : Sur cet album on trouve une reprise décapante de New Rose des Damned. Pourquoi ce choix et quel est la part de punk dans votre musique ?

Maxime : Il y en a un sur cinq qui est fan ! (rires) Le truc, c’est que c’était une reprise facile et assez représentative d’une certaine musique, d’une certaine part de nos influences. C’était le premier single de punk entre guillemets, donc c’était un clin d’œil. Et ce n’était pas trop difficile à reprendre pour que ce soit efficace. On ne va pas reprendre Led Zeppelin, ça serait plus risqué, même si on aime bien Led Zeppelin.

David : C’est une bonne chanson qu’on aime bien et à jouer elle est cool. Après, quand on dit que l’on a pas envie de se sentir une appartenance quelconque à tout ce qui est punk, c’est uniquement parce que l’on a plus 18 ans non plus. On ne va pas commencer à se taillader les veines et à gueuler ‘Anarchie !’, on aurait l’air vraiment de pauvres cons !

Maxime : D’ailleurs cette chanson ne parle pas d’anarchie…

David : Il y a certaines choses que l’on aime dans le punk, ça fait partie d’une des facettes d’Elektrocution.

Eiffelnews : Toujours sur Open Heart Surgery, on trouve au milieu de l’album un morceau instrumental à la fois planant et angoissant, nappé de claviers, intitulé Calvaire. Quel était votre intention avec ce titre ?

Maxime : Calvaire, ça devait être le nom de l’album. La chanson s’est appelée comme ça et le film est sorti, donc on s’est dit ‘Mince !’. C’est une autre facette de ce qu’on écoute que les Damned, une autre époque. Notre spectre musical, même s’il n’est pas forcément très large sur l’album, nous, on a eu envie de le montrer avec les prémices de ce que pourra être The Elektrocution dans le futur. Il y a aussi une ballade un peu blues sur la fin du disque, et c’est encore une autre facette.

Eiffelnews : Que ce soit dans les titres des chansons, Your life is a joke, ou dans les paroles en elles-même, on ressent un certain cynisme, ou tout du moins une certaine ironie désabusée. Qu’en est il ?

Maxime : C’est l’effet recherché. C’était un album ciblé là-dessus, le prochain ne sera pas pareil. Il y aura encore du cynisme, un peu du côté sombre de ma personne (rires). Je m’inspire en fait de mes congénères et ça me fait rire.

Eiffelnews : Par rapport à ça justement, pour vous, le chant en anglais c’est une évidence, un choix, ou un passage oublié ?

Maxime : C’est un choix suicidaire ! En fait, on ne s’est pas posé la question, donc ce n’était même pas une évidence. On a toujours écouté de la musique anglophone. On écoute un peu de musique française, mais ce qu’on a écouté étant adolescent c’était de la musique anglophone, donc quand a commencé notre premier groupe avant celui-ci, on a chanté en anglais directement.

David : On ne dit pas que ce n’est pas bien de chanter en français parce qu’il y a déjà eu la preuve maintes fois qu’il était possible de le faire. C’est juste que ce n’est pas une démarche franchement naturelle. Là on arrive à s’en sortir vraiment comme on aime en chantant en anglais, et c’est vrai qu’on ne sent pas arriver chez nous le besoin d’écrire une chanson avec un texte en français. Je pense qu’on ne se l’interdit pas forcément, ça pourrait arriver, mais pour l’instant ça ne nous semble pas comme une évidence. Autant se sentir à l’aise et être franc avec soi-même.

Antoine : Il y a des gens qui le font sonner bien, c’est vrai qu’il y a une école rock français. Et ça se sent même avant d’écouter les paroles, dans le son, dans la façon de jouer ou d’aborder la musique. Ecole dont font partie Eiffel, Noir Désir, ou même Luke. C’est tout à fait respectable, un groupe comme Diabologum, j’adore, je suis super fan.

David : Et il y a Romain !

Antoine : Oui, Romain Humeau en solo ! Mais c’est vraiment une façon différente de jouer et d’envisager la musique. C’est plus porté vers une façon d’interpréter la Chanson, avec un ‘c’ majuscule. De la chanson française électrisée en quelque sorte. Le texte est l’acte majeur du truc, contrairement aux formes anglophones du rock qui privilégie la sonorité du langage plus que le sens.

David : Le pire c’était quand même les Beatles qui ne disaient que des conneries !

Antoine : Voilà, exactement ! Le sens appartient aux français, la musique du texte appartient aux anglo-saxons.

Maxime : Si je chantais en français, avec toutes les conneries que je raconte on me jetterait des tomates !

Eiffelnews : Votre musique transpire l’urgence et l’énergie. Dans quel esprit abordez vous sa transposition à la scène ?

Maxime : Alors il y a un gars qui sue pour dix, c’est Antoine ! (rires) David va répondre sérieusement…

David : Non, c’est juste pour dire qu’à part le cul, il n’y a rien de mieux que ça ! Ca transpire uniquement ça, ce besoin d’être sur scène, de se lâcher et de faire n’importe quoi, tout en jouant une musique que t’aimes avec des gens qui t’encouragent à le faire. C’est un délire limite adolescent d’ailleurs. Tout à l’heure on disait qu’on ne voulait plus être des adolescents et en fait on a un comportement d’adolescents. Bosser à l’usine, non ! Je l’ai fait et je ne le ferais plus.

Antoine : Quand le deuxième album sortira, il sera un peu plus étoffé du point de vue des arrangements, et sur scène ça va être un vrai travail de retranscrire ça. Pour l’instant, le premier album est la retranscription de la scène, et là on essaye de faire l’inverse. Ca va être beaucoup plus délicat d’intégrer des grattes sèches, des claviers.

Eiffelnews : Votre avis sur votre prestation au JDM et l’accueil du public ?

David : Ca faisait longtemps qu’on avait pas joué, parce qu’en ce moment c’est pas la période. Je me suis vraiment bien lâché, j’étais content de jouer et puis les gens étaient sympas. C’est toujours un peu chiant quand tu joues en plein jour. Tu as toujours un peu du mal et te sens un peu con au départ, mais à partir d’un moment tu lâches le truc.

Antoine : C’est plutôt flatteur de se faire inviter par Mell qu’on aime bien. De toute façon on est toujours content de jouer, et le jour où on ne le sera plus, on arrêtera.

Eiffelnews : Votre premier album est sorti en 2005. Vous avez assez peu de concerts prévus cette année, le deuxième album étant en préparation. Quand va-t-il sortir et quelques mots sur son orientation ?

Maxime : A priori ça devrait sortir fin 2007, début 2008, mais on ne peut pas trop prévoir. Ce n’est pas nous qui décidons, on n’a pas de sous ! L’orientation, ça va être des chansons comme on a toujours voulu faire, et cette fois-ci avec un peu moins de haine, et un tout petit peu plus d’amour et de sensualité.

Yann : En fait, l’album est sorti il y a deux ans, entre temps on a eu des enfants, etc… Donc le prochain album sera en fonction de ça. On a une vie maintenant à côté !

Eiffelnews : Eiffel apprécie beaucoup votre musique, notamment Romain qui met régulièrement votre t-shirt sur scène…

David : Et en couverture de magazine !

Eiffelnews : Et vous, quel est votre avis sur la production musicale d’Eiffel, notamment le dernier album Tandoori ?

Antoine : En fait, on a vraiment tous bien aimé le travail de Romain sur Des visages des figures de Noir Désir. Après, on se retrouve aussi sur des goûts communs comme Sixteen Horsepower, et je dirais un certain folklore américain qui nous rapproche en fait. Lui chante en français, nous en anglais, mais on se rejoint là-dessus par exemple.

Maxime : Et aussi l’amour de la guitare !

David : Moi j’avoue que je ne connaissais pas jusqu’au jour où on a joué avec Romain. J’avais un très bon ami qui était leur sonorisateur ce qui nous a facilité le contact. J’avais entendu dire que c’était dans l’esprit Noir Désir ou des choses comme ça, ce qui n’est vraiment pas ma culture. Et finalement le courant est bien passé, car en le voyant jouer, j’avais vraiment l’impression que l’on vivait les choses de la même façon. J’ai trouvé ça vraiment sincère, et du coup on a passé une assez chouette soirée à parler de musique, et il s’est révélé qu’on avait beaucoup de choses qu’on aimait bien en commun. Et moi j’ai trouvé ça hyper flatteur quand j’ai découvert la couverture de Guitarist & Bass avec le t-shirt… Ca le fait ! On aimerait bien un jour pouvoir jouer ensemble. Ils nous avaient proposer de jouer pour leur carte blanche à Annecy, mais je crois que ça ne va pas pouvoir se faire et c’est bien dommage.

Eiffelnews : Un dernier petit mot pour les fans d’Eiffel ?

Maxime : Espérons que Al Qaida ne va pas faire exploser la tour Eiffel ! Que tu chantes en français, que tu chantes en anglais, la douleur est la même, l’amour est le même, la difficulté de vivre dans ce pays est la même, alors achètes les disques de Romain, d’Eiffel et de The Elektrocution et n’achètes pas les autres disques ! (rires)

Antoine : Achetez les disques de MC Moyen, le meilleur rappeur belge qui chante en français !




La photographie de Romain Humeau avec le t-shirt de The Elektrocution parue en couverture de Guitarist & Bass est de Jogood . Les autres photographies sont de Antoine Nicolas.
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